La Province suisse innove:

une femme associée à la Compagnie

[Carouge, Genève, 26 mai 2001]

Le 26 mai une cérémonie inhabituelle s’est déroulée dans la chapelle de la communauté des jésuites de Carouge. En présence du Père Provincial de Suisse Hansruedi Kleiber, de la communauté des jésuites et de quelques amis, Alessandra Lukinovich s’est engagée dans la Province suisse de la Compagnie en tant que laïque associée.

Alessandra Lukinovich a entendu l'appel du Christ, tel qu'il est exprimé dans les Exercices Spirituels. Elle souhaite aider les âmes et a trouvé dans la spiritualité ignatienne l'aide dont elle a besoin pour vivre sa vocation. Pour mieux y répondre, elle a demandé de participer plus étroitement à l'apostolat et à la vie de la Compagnie. Au terme d’un long discernement communautaire, la Province a pris acte de sa demande et l’a enfin admise parmi les compagnons de Jésus en tant qu'associée.

Alessandra Lukinovich et la Province suisse de la Compagnie de Jésus se sont engagées réciproquement selon les termes d’un accord qui stipule les modalités de l’aide que les deux parties souhaitent s’apporter. Alessandra coopérera désormais à la mission apostolique de la Province. Elle participera au processus de discernement et aux échanges sur les orientations fondamentales de la Compagnie en Suisse. A ce titre, dans un esprit de partage fraternel, elle prend désormais part à la vie de la communauté de Carouge.

En ouvrant la célébration le Père Albert Longchamp, supérieur de la communauté de Carouge, déclarait : «La formule d’association qui a été trouvée à partir d’expériences identiques qui se multiplient en Europe, est un pas décisif, peut-être un tournant dans l’histoire de la Compagnie de Jésus en Suisse, l’histoire nous le dira. Ce qu’il y a de fantastique, et que je considère comme une grâce de Dieu, c’est que cette histoire, nous l’écrivons. Nous l’inventons! Nous la créons». Au cours de son homélie le Père Provincial, qui a suivi tout le processus de discernement, a souligné que l’association avec des laïcs représentait une chance pour l’avenir de la mission de la Compagnie en Suisse.
 

Qui est Alessandra?

De père dalmate et de mère italienne, Alessandra Lukinovich est actuellement chargée d’enseignement aux Facultés de lettres (grec ancien) et de théologie (grec du Nouveau Testament) de l’Université de Genève. Engagée politiquement, fréquentant les artistes dont elle apprécie la liberté et la sincérité de recherche, elle a retrouvé tardivement le Christ. Après sa conversion elle découvre les Exercices Spirituels. Elle s’en est expliquée dans un entretien avec le père Edouard Clivaz msc qui l’a interrogée sur son parcours.

«Après ma conversion, en 1993, je ne savais pas trop bien comment me situer dans l'Église. Un jésuite en formation m'a parlé d'une retraite dite des « Exercices Spirituels de saint Ignace». Je fus à la fois attirée, et étonnée qu'on puisse les proposer à une laïque. J'ai tenté l'expérience, et je fus surprise, pendant les Exercices, de découvrir en moi le désir d'une consécration totale de moi-même à Dieu, à la suite et dans l'esprit de saint Ignace. Car l'esprit ignatien est en contradiction avec les (fausses) «valeurs» du monde moderne. C'est un esprit de frontière, de suite du Christ fait «chair», d'insertion concrète dans le présent du monde des hommes et de la création. Et tout ce que Dieu a créé est à notre service, pour que nous puissions réaliser le but premier de notre vie : rendre gloire à Dieu et vivre avec le Christ.

Mais la «Compagnie de Jésus» est un ordre masculin! Même une lettre au Supérieur Général des Jésuites n'a pu faire changer le droit de l'Église ... Les Jésuites de la communauté de Genève m'ont cependant associée étroitement à leurs actions. J'ai collaboré à leur revue «Choisir», j'ai accueilli avec eux des réfugiés bosniaques, et j'ai même commencé à «donner» (comme on dit) les Exercices.

Comme je ne suis pas la seule femme dans le monde à porter ce désir d'un engagement «ignatien»,  on a finalement envisagé une sorte d'association, où chacun(e) s'engage personnellement, en acceptant de recevoir une «mission» du Supérieur provincial de la Compagnie.»
  

Elle prêche même aux jésuites!  

«Certaines personnes s'étonnent parfois qu'une femme « donne » les Exercices. Mais saint Ignace ne les conçoit pas comme un schéma fixé une fois pour toutes. L'important, pour lui, est que chacun trouve son chemin pour suivre le Christ... et puisse donc aussi choisir avec qui faire le chemin.

J'ai donné les Exercices surtout à des femmes, catholiques ou protestantes, et même à une femme pasteure. Pourtant, mon premier retraitant était un homme, un diplomate...

Quant à la retraite des Jésuites, ce fut une expérience passionnante. Une vingtaine de Jésuites en formation, venus de l'Ouest comme de l'Est, ont entrepris une sorte d'itinéraire spirituel à l'intérieur d'un voyage à travers l'Europe en faisant étape dans les diverses capitales. Il s'agissait pour eux d'approfondir leur attachement au Christ dans le monde où ils ont à servir: l'Europe d'aujourd'hui. Et ceux d'entre eux qui m'ont choisie comme accompagnatrice (il y avait aussi deux Pères) ont sans doute voulu également aborder autrement leur rapport à l'autre sexe...» (Paru dans « Annales d’Issoudun », revue de Notre-Dame du Sacré-Cœur, mai 2001, pp. 10-12).


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